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Chapitre I
5 years later
T e a s e r
Obsidia Corporation est un laboratoire scientifique qui travaille anonymement et en toute discrétion sur la modification du génome humain. Néanmoins, aux yeux du monde, OC est un laboratoire de recherches dans le génie génétique qui prétend pouvoir trouver un remède à toutes les maladies. Lorsqu'un médecin prend en charge un patient dans un hôpital en Ohio, il découvre curieusement un virus encore inconnu à ce jour. Mais très rapidement, alors que le monde est en train de changer, le Dr Hasting fait une découverte surprenante sur l'origine du virus, ainsi que sur le laboratoire OC...
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Aléa - Lorias

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Lignum
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Lun 26 Fév 2018 - 20:34
Frontière de la Dakota du Nord et du Montana, 13 septembre 2017



aléa
Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
C'était une journée comme les autres, sombre, morose. Une journée de plus où la survie était au centre de notre intérêt, non seulement pour moi mais également pour tous les Lignums. Ca faisait plusieurs mois désormais que je faisais parti de ce groupe. Après l'apocalypse, j'ai trouvé en leur communauté un refuge, un souffle nouveau. Chez eux, je me sens bien et j'oeuvre dans la bienveillance. Je sais que tous n'agissent pas de cette manière. D'autres profitent de la perdition de notre monde pour se l'accaparer, piller, tuer. Je ne comprends pas leur manière de penser. Nous sommes tous dans le même panier: ne vaut-il mieux pas s'entraider plutôt que de continuer à détruire notre planète ? Cette pensée me soutira un soupire. Je ne pourrai jamais me résoudre à répandre le mal autour de moi. J'ai toujours voulu sauver les gens et aujourd'hui n'échappe pas à la règle.

J'enfilai ma veste et m'armai de mon glock 19. Je le coinçai dans ma ceinture aux côtés de quelques recharges. C'était dangereux de partir seule, je le savais bien. Mais parfois j'en avais besoin. Simplement pour m'aérer l'esprit, trouver de nouvelles vivres dans les décombres ou venir en aide à des survivants. Notre groupe ne cessait de s'agrandir et ce n'était que plus plaisant de recouvrer une communauté presque comme Avant. Presque.. Je traversai le camp en adressant des salutations aux amis que je croisai. Sans même que je ne leur dise, ils savaient où je me rendais et ils ne cherchaient pas à m'en dissuader. Ils savaient que ça relevait de l'impossible: une fois que j'avais une idée en tête, c'était impossible pour moi d'en démordre.

A pas soutenus, je marchais pendant une bonne heure sans m'arrêter. Je ne comptais pas tarder en chemin: la nuit tombait vite de nos jours. Eh puis les environs proches du campement avaient déjà été fouillé de fond en comble. Nous devions de plus en plus nous éloigner pour trouver des vivres, médicaments ou armes ce qui rendait les explorations bien dangereuses. Heureusement pour nous, tant qu'ils ne sentaient pas notre présence, ils ne bougeaient que très peu. Alors nous connaissions les endroits où ils s'amassaient en groupe et savions comment les éviter. Point positif.  
Au début, l'idée de leur tirer une balle dans le crâne me rongeait de l'intérieur. Ca allait à l'encontre de tous mes principes: et si toutes ces femmes et tous ces hommes pourraient un jour être sauvés ? Tant seraient déjà tombés sous les balles. Mais désormais, je m'étais habituée à cela et je les achevais sans hésitation. Je n'avais pas que ça à faire. Il fallait s'occuper des survivants, pas des morts.

C'est sous un soleil timide que j'errais le long d'une autoroute, tranquillement et sans un bruit, fouillant les voitures abandonnées à la recherche d'objets intéressants qui rempliraient mon sac. Je me croyais seule. Or, j'étais loin de l'être.

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Mer 28 Fév 2018 - 19:01



Aléa
« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
Il m'arrivait encore de me parler à moi-même. Je m'expliquais comment survivre, je plaisantais sur la déchéance mondiale. Emily me manquait souvent. J'avais mis longtemps à comprendre qu'elle n'existait pas, qu'elle n'était qu'une création de mon esprit. Auparavant, j'avais cette excuse pour vivre bien avec moi-même. Emily me guidait, me conseillait, me protégeait de tout ce que je découvrais encore. Je n'étais pas adaptée à la société. Elle était joueuse, sadique, on ne pouvait lui échapper.
Un coup. Mon couteau quittai la tempe du malade coincé par la ceinture du siège passager. Je m'arrangeais pour mettre fin à la malédiction de tous les malades que je croisais. On ne pouvait plus rien pour eux, tout comme Emily ne pouvait plus rien pour moi. Elle m'avait quittée aux portes de l'apocalypse. Le vide qu'elle avait laissé peinait à se combler. Je croisai rarement des individus compatissants, et quand c'était le cas, nous ne restions jamais plus longtemps ensemble que pour quelques jours de voyage. J'avais vite compris que je n'étais pas faite pour la survie de groupe. J'étais destinée à vivre seule. Ce n'était peut-être pas plus mal. La personne qui ne m'avait jamais été plus proche n'était même pas réelle. On se comprenait mieux soi-même.

Je ris. Un rire rauque, assoiffé. Je cherchai de l'eau depuis trois heures après avoir été poursuivie par un petit groupe de malades. J'avais dû abandonner mon sac dans ma fuite. Je pensais retrouver rapidement des vivres, mais je m'étais trompée. Sur cette immense voie rapide bouchée par des cadavres de voitures ne restait plus que des choses inutiles. Aucune bouteille d'eau. J'avais seulement trouvé un petit paquet de bonbons à la menthe. Ma bouche était encore trop sèche pour m'en contenter.
Je m'assis un instant. J'avais besoin de souffler. Survivre seule avait un côté pratique, on avait personne à surveiller, personne pour qui s'inquiéter, mais il me fallait toujours trouver des endroits saufs pour dormir. Je luttais quotidiennement pour rester saine d'esprit. Un bruit attira mon attention. Je me redressai péniblement et cherchai la provenance. A deux petites centaines de mètres, une silhouette humaine progressait le long de la route. Je plissai les yeux pour vérifier son état. Vivante. Elle n'avait rien d'une infectée. Elle semblait inoffensive, ses cheveux blonds flottant au gré de la brise, sa peau pâle suppliant le soleil de venir la caresser. Elle s'approchait. Une opportunité se dressait devant moi. Je décidai de glisser, courbée, de voiture en voiture, le plus discrètement possible, pour combler l'espace qui me séparait d'elle. Mon instinct de survie m'empêchait de penser à tout acte civil. La société s'était effondrée. Il fallait se battre ou mourir. A deux dizaines de mètres d'elle, je m'arrêtai, accroupie derrière une camionette grise. Je n'avais pas d'arme. Elle en avait certainement. Je ne pouvais pas simplement lui foncer dessus. J'allais devoir trouver un moyen de l'approcher assez près pour engager un combat au corps à corps sans attiser sa méfiance. Je décidai de ne plus bouger pour le moment, me fondant dans le décors sordide de cette autoroute infernale.
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Lignum
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Jeu 1 Mar 2018 - 18:36
Frontière de la Dakota du Nord et du Montana, 13 septembre 2017



aléa
Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Qu'est-ce que j'aurais donné pour pouvoir écouter un peu de musique pendant mes recherches. Mais c'était bien trop dangereux. Si j'écoutais avec des écouteurs, je n'aurais jamais entendu le danger venir. Si j'écoutais depuis un haut-parleur, je serais remarquée par tous les alentours. Et de toute manière, la question ne se posait pas: je n'avais aucun lecteur de musique. Ouvrant la porte d'une voiture à l'avant défoncé, je poussai un soupire. J'écoutais toujours de la musique lorsque je dessinais. Ca me transportait dans mon monde et je me sentais libre, ailleurs. Sortant du véhicule bredouille, je jetai un regard aux alentours. Juste du vent. Pas même un d'eux aux alentours. Je décidai alors de fredonner cet air qui me trottait dans la tête, celui que mes parents m'avaient toujours fait écouté depuis ma naissance. There is a house in New Orleans... They caaaall the Rising Sun... Les notes se laissaient porter par les courants d'air tandis que je poursuivais mes recherches. Je croyais que j'étais seule et que personne ne m'entendrait jamais. Pourtant, je ne chantais pas trop fort. Ils pouvaient être écrasés sous une voiture, errant dans les ombres, partout. Je savais que je devrais me faire silencieuse mais je n'y parvenais pas. J'avais besoin d'évacuer cette chanson qui résonnait dans mon esprit.

And it's been ! A ruin... of many a poor boy. And God... I know... I'm one. Je m'arrêtai dans mes recherches. Juste le temps d'une petite pause, de regarder un petit peu les environs. Je passai mon sac à dos sur une épaule, le ramenant devant mon ventre. Je l'ouvris et en sortis une petite pomme. Chez les Lignum, nous cultivions plusieurs fruits et légumes. Ils n'avaient certes pas la même saveur d'antan, à cause du manque de soleil, mais ça faisait toujours très plaisir de croquer à pleine dents dans l'un de ces fruits. Remettant mon sac en place, je frottai le petit fruit rond sur mon pull pour la rendre plus brillante. Depuis l'Apocalypse, la vie était devenue une succession d'énormes catastrophes et malheurs. J'avais appris à me contenter de peu et de sourire à tout ce qui méritait l'un d'eux. Mâchant la chair juteuse de la pomme, je crus apercevoir un mouvement du coin de l'oeil. Surpris, je fis volte-face. Mais il n'y avait rien qu'une légère brise. Mes réflexes s'étaient clairement améliorés, également mon imagination. A l'extérieur du campement, je vivais toujours dans la peur, l'hésitation, l'insécurité. Et parfois mon cerveau s'imaginait des choses, des mouvements... J'en avais l'habitude à force. Je cessai tout mouvement et demeurai immobile au milieu de l'autoroute. Fronçant les sourcils car persuadée d'avoir aperçu du mouvement, je scrutais les environs. Puis je décidai de m'appuyer contre le pare-choc d'une voiture, balayant l'endroit de mes yeux clairs. Je croquai une nouvelle fois dans ma pomme, posant ma main libre sur la crosse de mon glock 19. J'étais prête à le dégainer au moindre instant et à la moindre menace...
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Jeu 1 Mar 2018 - 21:00



Aléa
« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
Elle avait presque réussi à me mettre une foutue chanson dans la tête. Je ne pouvais pas laisser un air musical me déconcentrer. Elle venait de s'installer contre une voiture, une pomme à la main. Mon estomac grondait. Bordel ce que j'avais faim ! Cette fille m'agaçait pour un milliard de raisons sans même que je la connaisse. Elle se promenait seule, propre, calme, avec assez d'intelligence pour assurer ses arrières. Ses arrières... la voiture contre laquelle elle se tenait était en avant dans la diagonale de la camionnette qui me cachait. Cela me laissait une ouverture pour me rapprocher d'elle par derrière. Un pari risqué puisque la blondinette tenait contre elle son arme à feu et que je n'avais toujours pas d'arme...
Je tentai tout de même de me rapprocher un peu en me glissant de véhicule en véhicule. Plus je m'approchai et plus je me m'abaissai. Après de longues minutes de furtivité, je me retrouvai à plat ventre derrière le véhicule de la blonde solitaire. Finalement, ma capacité d'enfance à me rendre inexistante aux yeux du monde m'était plutôt utile aujourd'hui.

Que faire maintenant ? J'étais proche du but, mais j'étais aussi épuisée. Je n'avais pas envie d'attendre encore longtemps. Ce jeu auquel je me prêtais depuis une demi-heure me paraissait futile. J'avais soif. J'avais faim. Cette fille était une proie parfaite.
J'attrapai un détritus qui traînait autour de moi : une vieille chaussure d'enfant. Des images d'un passé possible filèrent devant mes yeux. Un enfant qui court, poursuivi par une horde. Un père qui essaie de se battre contre des dizaines de malades. Une mère dévorée par l'un d'eux. Un enfant abandonné qui n'a jamais survécu. Un destin tragique. Injuste. Mais malgré ces horreurs, je devais continuer. Je voyais la mort marcher dans les rues chaque jour, mais jamais je ne la voyais me toucher. J'étais un fantôme sur cette Terre. Finalement, je l'avais toujours été.
Je lançai la chaussure du côté droit de la voiture et me levai pour me glisser à la gauche du véhicule. La chaussure s'écrasa bruyamment contre la capot d'un véhicule familial à droite. J'avais pour idée de faire tomber la fille au sol en crochetant ses pieds à l'aide du mien, mais j'étais aussi prête à réagir si cette option se trouvait impossible à réaliser.
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Jeu 1 Mar 2018 - 21:24
Frontière de la Dakota du Nord et du Montana, 13 septembre 2017



aléa
Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Cette pomme, bien qu'elle ravissait mon estomac, avait un goût fade. Cette journée était aussi plate, sombre et morose que les autres. Rien ne ressortait de ce quotidien plus qu'anormal. Je n'avais même pas trouvé de vivres intéressants ou d'objets hors du commun qui aurait pu servir aux Lignum. Rien du tout. Cette pomme n'avait pas le goût de la victoire, même sa couleur témoignait. Elle n'était pas rouge pétante, ni vert pomme. Elle était jaune. Un jaune pâle qui ressemblait au soleil caché derrière les nuages. Je mangeai le fruit entier. J'avais appris à ne plus rien gâcher et de tout avaler, sauf les pépins. Tout était devenu trop précieux de nos jours, je ne me laissais aucune marge de gaspillage.
J'avais les pépins dans la bouche et je décidai d'essayer de les cracher le plus loin possible. Le premier essai fut clairement médiocre. C'était un parfait record à battre. Le second était à peine mieux mais le troisième valait vraiment la peine. Le quatrième, quant à lui, ricocha sur le second et le cinquième écrasa tous les scores. C'était comme une petite victoire. Quand je disais qu'il fallait saisir tous les petits plaisirs de la vie... Celui-ci en faisait partie. Battre son record personnel quotidien de crachat de pépin de pomme. Sur le coup, je me trouvai si gamine que je roulai les yeux au ciel. J'en profitai pour y jeter un bref regard. Avec cette Apocalypse, je me questionnais de plus en plus sur la mort. Ce mystère n'a jamais été élucidé et aujourd'hui, avec eux, il soulève d'autant plus de questionnements. Est- ce que nous nous réincarnons en des animaux, ou en d'autres humains ? Est-ce que nos âmes s'élèvent vers les cieux ? Mais pour aller où ? Dans l'espace ? A quoi pense-t'on, que fait-on, lorsqu'on est mort ? Les âmes d'eux sont-elles coincées dans leurs corps, incapables de s'en libérer ? Mes parents avaient-ils trouvé la paix ? Etaient-ils heureux là où ils étaient ? Comment passer d'un minuscule petit bonheur à une nouvelle tourmente...

Je baissai le regard à mes pieds, comme avouée vaincu par la vie. Le nombre de fois où j'en ai eu assez, je ne les comptais plus. Je faisais comme tout le monde, j'essayais d'avancer du mieux que je pouvais et au jour le jour.
Un mouvement attiré mes yeux et je me raidis. Une chaussure volante s'était abattue sur un véhicule alentour. En un instant j'eus décoché mon pistolet, le pointant dans la direction de la chaussure mais bien évidemment il n'y avait personne. Je remontai alors de là où elle était provenue. Elle venait de derrière la voiture à laquelle j'étais appuyée il y a à peine quelques secondes. Je me tournai un peu plus et j'aperçus alors une jeune femme, toute courbée cherchant probablement à me surprendre. J'eus un geste de recul et pointai mon glock 19 sur elle sans la moindre hésitation. Encore un pas et t'existe plus., grondai-je d'une voix sévère.


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Jeu 1 Mar 2018 - 22:39



Aléa
« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
Raté. J'aurais pu attendre qu'elle se déplace elle-même, qu'elle vienne à moi, mais la soif, la faim et la fatigue m'avaient poussée à me jeter dans la gueule du loup. Je levai la tête pour découvrir la tête de la bête. Mes yeux s'écarquillèrent. Je ne m'attendais pas à quelqu'un d'aussi jeune. J'avais remarqué sa jeunesse de loin, mais cette jeunesse là était bien plus proche de la mienne, elle semblait plus pure. De grands yeux bleus grisés par le reflet du bitume me fixaient avec hargne. Je m'étais demandée pourquoi une jeune femme à l'air si innocent se promenait dehors seule, je comprenais à sa réaction qu'elle n'hésitait pas à se défendre. Son arme pointée sur moi, je ne montrai aucune crainte. J'étais habituée à la violence depuis toujours. J'entendais les menaces dans mes premiers souvenirs. Je n'avais plus peur de mourir depuis longtemps. Mais elle, serait-elle capable de me tuer ? Elle n'avait pas un visage d'assassin. Au contraire. Elle ne méritait pas de vivre le calvaire du meurtrier.
Quelle vie avait-elle, avant tout ça ? Une femme comme elle devait avoir une belle vie. Une famille qui l'aime, un compagnon, un enfant peut-être, ou alors c'était pour bientôt, avant tout ça, avant la fin. Un chien, un chat ? Un petit appartement cosy en centre-ville ? Un travail dynamique pour rythmer ses journées et faire en sorte qu'elle ne s'ennuie pas. Je la voyais active, cette fille. Je la voyais heureuse dans un monde parfait. Un monde que je n'avais jamais connu.

Je levai lentement mes deux mains en l'air, mon regard plongé dans celui de ma proie. Je savais déjà que je n'allais pas mourir. Cette fille ne marquerait pas ma fin. Du moins, pas de cette façon. Il serait même idiot de gâcher une balle pour moi. A la limite, elle pourrait m'assommer et m'abandonner ici. C'est ce que j'aurais fait si quelqu'un avait tenté de m'attaquer par surprise. Quelqu'un. Peut-être pas elle. Cette fille m'intriguait. J'arrivais toujours à cerner le but des gens que je croisais. Survivre en trouvant des vivres, survivre en éliminant tout être mouvant du coin, survivre en manipulant les autres, vivre follement jusqu'à mourir à cause d'une erreur bête. Il y avait tant de possibilités dans ce monde... mais cette femme-là se montrait à la fois détendue et assurée. Elle semblait faire une promenade de santé sur cette route de la mort. Quel était son but ? Pensait-elle pouvoir trouver beaucoup de vivres ici ? Avec seulement un sac à dos pour récolter ? Avec seulement un pistolet en guise d'arme ? Elle avait un but. Je le sentais. Je l'avais observée marcher. Elle avait un but qui allait au-delà de cette autoroute, un but que je n'avais pas, mais je n'arrivais pas à le cerner.
- Mourir d'une balle dans la tête s'avère moins douloureux que de mourir de soif, déclarai-je calmement en sentant l'air racler douloureusement ma gorge.
La sueur collait mon t-shirt à ma poitrine. Je n'aurais pas supporté une heure de plus sans vivres sur cette autoroute.
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Jeu 1 Mar 2018 - 23:22
Frontière de la Dakota du Nord et du Montana, 13 septembre 2017



aléa
Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Je fixais la jeune femme devant moi avec dureté et détermination. Je lui montrais de par ce regard je n'hésiterais pas une seconde à me défendre s'il le faudrait. Néanmoins, cela sonnait faux. On avait toujours vu en moi la petite fille blonde aux yeux bleus parfaite, le petit ange qui ne faisait aucun pas de travers et aucun mal à une mouche. On m'avait toujours vu petite, timide, effacée. J'avais toujours fait les choses justes, dans l'ordre et n'étais que rarement sortie du cadre. J'avais bien changé aujourd'hui... L'Avant semblait si loin. L'Apocalypse avait réveillé en moi une nouvelle personnalité que je ne me connaissais pas: celle de la rage de vivre. L'instinct de survie avait pris le dessus bien plus de fois que je ne l'aurais souhaité. Cet instant en faisait partie. Avant, je refusais de toucher toutes armes. Ces objets destructeurs. Je voulais soigner, pas tuer. Désormais, je n'ai plus le choix. Il en va de ma défense et de ma vie. Sans le glock 19 que j'avais piqué dans les affaires de mon père, jamais je ne serais arrivée jusqu'ici. La Rae d'Avant pouvait avoir peur de celle d'Après. Avant, jamais je n'aurais tenu une fille en joue. Encore moins une fille qui semblait faire exactement la même chose que moi: survivre.
Je pris quelques instants pour l'observer. Son visage, qui devait certainement être radieux, était creusé par la faim et la fatigue. Son teint mat avait l'air bien pâle sous les faibles rayons de soleil et ses cheveux étaient en bataille, décoiffés. Sans oublier son regard, d'un vert qui aurait su me marquer en temps normal mais qui paraissait bien terne. Cette jeune femme était éreintée d'un long voyage, l'épuisement se lisait sur chaque millimètre de son corps. Elle avait l'air perdue et désorientée, à la recherche simplement de quoi vivre. Et au lieu de venir à moi calmement, elle avait fait le choix d'user de ses dernières forces afin de me surprendre et même de m'attaquer. Elle devait l'avoir remarqué, pourtant, que ses chances étaient faibles. Etait-elle seulement armée ? Se rendait-elle de l'erreur qu'elle avait commise ? J'aurais pu tirer une balle sans même réfléchir sous le coup de la surprise. Elle aurait pu mourir. J'aurai pu la tuer... Un frisson me remonta l'échine. Hormis eux, j'avais déjà tué bien trop de fois. Au nom de la survie, de ma vie, certes. Mais j'avais semé la mort dans mon sillage... Pour me protéger. Il aurait pu en être de même pour la brune éreintée en face de moi, qui évoqua calmement qu'elle était assoiffée. Elle ne me voulait pas de mal. Elle avait juste besoin d'aide.

Je me ravisai et rabaissai mon arme.
-Pourquoi ne t'es-tu pas simplement approchée de moi normalement pour me demander ça ? lui demandai-je sur le ton du regret. Regret car je me voyais devenir un monstre un peu plus à chaque fois que je mettais en joue un être humain. Je détestais faire cela et autant de fois que je pourrais l'éviter, je le ferais. Je rangeai le pistolet dans sa fourre à ma ceinture. J'ouvris mon sac à dos et en sortis une gourde d'eau claire et pure. Je la lui lançai. Vas-y. C'est pour toi. Attendant qu'elle s'abreuve, je lui jetai un coup d'oeil: son corps avait l'air affaibli lui aussi. Des bleus, certainement suite à des coups, couvraient sa peau. Sa peau qui collait ses os à certains endroits, probablement dû à la faim... Je me revis à sa place quelques mois plutôt avant que je ne rejoigne les Lignum. Affamée, assoiffée, malade, sale, épuisée, sans eux je ne sais pas où je serais à cette heure-ci. Grâce à eux j'ai repris du poil de la bête et j'ai trouvé une nouvelle raison de vivre, des gens sur qui compter et qui comptent sur moi. La brunette était bien loin de la propreté également et la sueur rendait ses vêtements collants à sa peau, redessinant ainsi ses formes maigrie par la faim. L'eau que je lui proposais n'allait pas suffire et cela lui ouvrirait certainement l'appétit. Si elle acceptait mon aide, je pourrais certainement lui trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Et probablement qu'elle l'accepterait.

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Jeu 1 Mar 2018 - 23:53



Aléa
« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
Elle n'était pas un assassin. Pas le mien, en tout cas. Elle avait rangé son arme et je l'avais observée fouiller son sac avec lassitude. J'étais trop fatiguée pour tenter quoi que ce soit. C'était une fatigue physique et morale. Je savais que cette fille ne me tuerait pas alors je n'avais pas besoin de me défendre ou de fuir. Je pouvais m'arrêter un instant. J'attrapai la bouteille au vol et l'ouvris calmement. Ce ne fut que lorsque les premières gouttes d'eau frôlèrent mes lèvres que l'envie pressante d'engloutir la bouteille se fit ressentir. Je fis tout pour me contenir, boire calmement et en garder un peu pour plus tard. Je m'installai contre le capot de la voiture, là où se tenait la jeune femme précédemment. Elle avait joué la carte de la bonté et me demandait pourquoi je n'avais pas essayé un appel à l'aide plutôt que de m'en prendre à elle. La réponse me semblait évidente. Elle avait un ton déçu, déçu de l'être humain, du peu de personnes qu'elle pouvait encore croiser, déçu de moi. Je n'étais qu'une inconnue pour elle, et dès les premières secondes j'avais déjà réussi à la décevoir. Habituellement, cela ne me touchait pas, mais à ce moment-là je me décevais aussi. Je ne faisais plus confiance à personne. J'avais perdu une énorme part d'humanité, moi qui avais toujours été trop humaine.
- Rares sont ceux qui aident. Pour survivre face aux monstres il n'y a pas d'autre choix que d'en devenir un.
Certains hommes tuaient pour survivre, d'autres profitaient de l'apocalypse pour laisser ressortir leurs plus profonds vices. Ils avaient toujours voulu faire le mal et l'apocalypse leur en avait donné l'occasion. Comment savoir qui était bon, qui ne l'était pas ? Il restait à peine une notion de bien et de mal. Les êtres vils n'apparaissaient pas avec une pancarte pas gentil collée au torse. Non, on ne savait jamais qui allait nous aider ou nous enfoncer. Voilà la raison pour laquelle j'avais agi violemment envers cette inconnue.

Je ne savais pas si je devais le regretter. Une part de moi voulait la remercier, l'autre se méfiait encore. Que gagnait-elle à m'aider ? Nous n'étions plus dans le monde des faux-semblants où chacun commettait une bonne action pour se faire bien voir, alors à quoi bon aider quelqu'un qui essayait tantôt de vous faire du mal ? Encore une fois, la psychologie de cette femme m'échappait. Elle était sortie de nul part et me proposait soudainement son aide. Pourtant, elle semblait chercher des vivres plus tôt, et sa quête, tout comme la mienne, avait été vaine. Quel intérêt de me donner une si précieuse bouteille d'eau ?
- Merci, dis-je doucement, mes yeux se plissant légèrement sans que je ne le veuille.
Je doutais rarement en présence de quelqu'un. Je ne comprenais pas. Je pouvais encore l'attaquer, je pouvais encore me montrer cruelle, et pourtant elle avait abaissé sa garde. Elle ne semblait pas si innocente... non ? Je plaquais mes mains contre le capot pour me soutenir, fermant les yeux un court instant, sentant le souffle de la faible brise contre mon visage. Cette journée était étrange. Je n'avais pas l'impression de vivre dans la réalité. A ce moment plus que dans n'importe quel autre.
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Ven 2 Mar 2018 - 23:41
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« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
J'observais silencieusement la jeune femme boire goulument le précieux liquide à ma gourde. Je préférais ne pas la perdre des yeux, car il valait mieux être trop méfiant que pas assez de nos jours. Même si en réfléchissant... Elle n'avait pas l'air d'avoir encore assez de forces pour faire de mal à une mouche. En réalité, elle me faisait mal au coeur. Elle était réellement mal en point. Je ne savais pas depuis combien de temps elle errait pareillement, luttant chaque jour pour survivre... Je replongeai dans mes souvenirs, projetée à l'époque où je vivais comme elle. Ca me paraissait à la fois si proche et si loin... Car je faisais tant de choses chez les Lignums, des choses qui faisaient avancer le clan et qui me rendait utile, que les jours passaient bien trop vite. L'envie de la questionner à plusieurs sujets me brûlait les lèvres. Son état de santé, de fatigue, ses besoins principaux... Et en dernier recours, si elle me semblait être une femme sincère, lui parler des Lignum. Et peut-être l'y accueillir. Je n'allais peut-être pas trouver beaucoup de vivres aujourd'hui, mas il était possible que je recrute une nouvelle membre pour le groupe. Ce qui n'était pas des moindres: nous n'avions jamais assez de mains pour tout le travail à accomplir. La maintenance du camp, l'agriculture, la protection, les soins... On y trouvait toujours quelque chose à faire. L'oisiveté n'était pas permise et elle nous permettait de nous couper de ce monde dévasté. De penser à autre chose et de vivre presque comme avant...
Sa phrase me fit frissonner. Elle avait entièrement raison. J'étais devenue un monstre moi aussi. Aujourd'hui, je m'étais repentie et je vivais pour faire le bien, pour ma communauté. Mais lorsque l'on n'a aucune autre appartenance que soi-même, il fallait bien se battre pour survivre... Et semer la mort dans son sillage. Qu'avait vécu cette jeune femme ? Etait-elle de la région ? Comment était-elle parvenue si près du territoire des Lignums ? Peut-être en avait-elle entendu parlé, peut-être était-elle à leur recherche ? Ou alors, peut-être qu'elle errait, seule, tout simplement.

La brunette s'appuya contre le capot de la voiture, me remercia et ses yeux se fermèrent. Ses mèches de cheveux se soulevaient doucement sous la brise légère. Je pris quelques instants afin de l'apprécier moi aussi, ce petit air de changement. Le vent tournait. La chance tournait. Je sentais qu'aujourd'hui, c'était son jour de chance, à la jolie brune.
-Es-tu blessée ? Ou alors, tu dois avoir faim. Nous devrions pouvoir trouver de quoi nous ravitailler un peu plus loin, dans une vieille station service, expliquai-je en pointant du doigt la direction du bâtiment. Tout ne pouvait pas avoir disparu. Il devait bien rester quelques boîtes ou emballages de nourriture. Voyant son état, elle ne refuserait certainement pas de quoi manger. Toutes ces questions et ces attentions à son égard, elle n'avait certainement pas vu ça depuis des lustres...

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Aléa
« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
Elle avait une attitude attirante, elle faisait tout pour me mettre à l'aise, et je sentais qu'elle était prête à m'écouter si je me mettais à lui parler. Elle avait sûrement un métier important avant, un métier à l'écoute d'autrui, un métier où la compassion était de mise. J'avais mis longtemps à savoir lire le comportement des autres. Mes études supposaient que j'étais apte à lire en chacun, à comprendre leurs émotions et à les manipuler s'il le fallait. Je n'avais jamais été de ceux qui manipulent. C'est ce qui me répugnait dans la société d'avant, et c'est ce que j'avais souhaité changer en choisissant mon champ d'études. Si j'avais su l'avenir du monde, je me serais pleinement consacrée à mon sport et aurais poursuivi mes compétitions jusqu'aux jeux olympiques. On me l'avait conseillé au lycée. J'avais une hargne terrible pour une personne de nature paisible. Une tempête se cachait en moi depuis mon bas-âge, depuis la fureur qui s'était abattue sur moi et que je n'avais pas méritée. La femme qui m'aidait me pensait affaiblie, mais il suffisait d'une étincelle d'adrénaline et le monstre en moi sortirait. C'était la guerrière d'antan, l'adolescente refusant l'abandon d'un combat. La chute du pays l'avait transformée en monstre. Au combat, je ne connaissais plus le respect que mes instructeurs m'avaient appris. Tuer ou mourir, c'était la seule et unique règle.

Je pensais au combat, mais l'heure était plutôt au repos. Aucun danger à l'horizon, seule la brise soufflant doucement dans la chevelure blonde de la belle inconnue. C'est ce que je vis en premier en ouvrant les yeux : ces cheveux blonds clairs voletant paisiblement. Le soleil n'était pas présent pour les illuminer mais ils parvenaient encore à briller d'un éclat vif. C'était l'effet de la lumière du jour peut-être, ou la renaissance de l'espoir. Qu'espérais-je ? Je survivais seule et ne pouvais rester bien longtemps avec autrui, ça n'allait pas changer de sitôt. Je ne pouvais faire confiance aussi rapidement, quand bien même cette jeune femme me donnait envie de saisir la main qu'elle me tendait et de continuer ma route avec elle. Parcourir ensemble ce cimetière géant. Etait-ce censé donner envie ? Marcher parmi les morts, se rappeler sans cesse qu'une griffure pouvait suffire ? Je devrais m'inquiéter pour elle. Si j'acceptais de la suivre, je m'inquiéterais aussitôt. Elle m'intriguait déjà. La lueur dans ses yeux bleus m'empêchait de refuser son offre. J'allais la suivre. Mais seulement pour un petit moment. Pas plus. Je ne pouvais pas.
- Je ne suis pas blessée, omis-je, mais si tu as repéré une station service dans le coin, je ne suis pas contre m'y rendre. Je n'ai plus aucune vivres.
Mon estomac me le rappelait encore. Le besoin de nourriture se faisait ressentir dans chacun de mes muscles, jusque dans les battements lourds de mon coeur.
- Lorias Carden, ajoutai-je, sachant pertinemment que je ne m'en sortirais pas si je n'acceptais pas l'aide de cette femme.
Cette femme intrigante, mystérieuse... et plutôt sexy, il fallait l'avouer. Je me retins de la reluquer, malgré le fait que je n'avais plus vu de jolie femme depuis le début de l'épidémie. Mais il se pouvait bien que je n'avais pas vu de femme comme elle de ma vie. Mes souvenirs étaient confus. Ma tête tournait légèrement sous le manque de sucre. Un filet de lumière jaune perçait avec peine les nuages et englobait la silhouette fine de l'inconnue. Tout me laissait penser à un rêve. Je n'étais pas sûre de vouloir que ça soit réel.
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aléa
Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Mon métier me rendait encore plus altruiste que je ne l'étais avant de commencer mes études. J'avais toujours été remplie de compassion, j'ai toujours fait attention au bonheur des gens autour de moi. Enfant, j'étais une boule d'énergie avec ma famille et mes amis. J'étais le petit clown de mon entourage et tout le monde m'appréciait pour mon sourire à en décrocher la mâchoire et cette manière que j'avais de toujours prendre la vie du bon côté. Même si je n'ai pas eu de grandes rébellions lors de mon adolescence, cette période de ma vie m'a tout de même bien renfermée et j'ai commencé à douter de moi. Je doutais de savoir si j'étais à la hauteur pour les études que je prévoyais, je doutais de ma sexualité, je doutais de mon physique... Comme pour tout le monde quasiment, c'était une remise en question. Puis, je me suis affirmée et j'ai trouvé ma voie. Ma voie professionnelle, sexuelle, et j'ai appris qu'on ne changeait pas son corps et qu'on devait tout simplement vivre avec. J'ai acceptée ma vie comme elle était et j'ai commencé à me soucier de celle des autres... Autant que je me souciais de la brune en face de moi, si ce n'était plus. Son état était à déploré et à présent, j'étais certaine que je ne m'écarterais pas d'elle tant qu'elle n'avait pas mangé, bu, et s'était reposée.

Elle m'expliqua qu'elle n'était pas blessée et qu'elle ne refuserait pas l'escale à la station service. Je me voyais rassurée de ces informations. C'était déjà une bonne chose. Mais je ne connaissais rien d'elle... Elle s'était peut-être fait mordre et se transformerait d'ici quelques heures. Ou alors elle était fourbe et allait attendre le moment propice pour me mordre moi aussi dans ses derniers moments de lucidité... Je jetai un nouveau coup d'oeil à ses vêtements. Il n'y avait aucune trace de plaie. Il y avait bien du sang, mais séché, de blessures précédentes ou de carnage de monstres. Je ne pus m'empêcher qu'elle possédait des formes intéressantes qui ne me laissaient pas indifférentes. Depuis le début de l'Après, j'avais été bien trop occupée à faire le deuil de mes parents et de ma copine du moment pour trouver quelqu'un à qui s'attacher de forts sentiments. Je n'avais pas le temps pour ça. Et je ne voulais pas voir cette nouvelle personne dévorée par l'un d'eux. J'aurais aimé me retenir de cela mais malheureusement, ça m'était impossible. Trop altruiste. Trop sentimentale.
J'allais me mettre en route mais la jeune femme se présenta. Lorias.. Un prénom peu courant qui ne ressortit pas par la seconde à peine entré. Au contraire. Il serra mon coeur sans raison et je me tournai vers elle, posant mon regard sur le sien. Je ne citais plus jamais les prénoms de mon passé, ils me faisaient tous trop souffrir. Aujourd'hui, je croisais tellement de gens devant lesquels je ne me présentais même pas... Un prénom, c'était bien trop précieux. Un prénom, ça raconte notre histoire, notre passé, notre caractère. Ca nous rappelle que l'on est humain... Ce que certains ne sont plus en ce bas monde. Rae Lucas, échangeai-je à mon tour, un sourire béat suspendu à mes lèvres. C'est un réel plaisir de te rencontrer, Lorias. Je restai encore quelques secondes ainsi, comme si le temps avait ralenti, à l'observer en silence et en souriant.

Puis, avant que cette situation ne devienne gênante, je détournai mon regard à regret. C'est à quelques minute de marche. Nous y serons rapidement. Et je pris la route, menant Lorias à cette station service où j'espérais bien pouvoir lui trouver quelque chose à se mettre sous la dent. J'en venais à culpabiliser la pomme que j'avais mangé sans même que je ne m'aperçoive de sa présence. Elle a dû en rêver de ce fruit juteux et goutu. Si j'avais été au courant plus rapidement de sa présence, je la lui aurais offerte volontiers. Accrochant mes mains aux lanières de mon sac à dos, je me tournai vers la brunette. D'où est-ce que tu viens ? m'enquis-je, emprunte d'une curiosité virulente à son égard. Tu as atterri ici par hasard ? Ou alors tu recherchais quelque chose dans le coin ? Je posais cette question tout à fait innocemment bien sûr. Mais si elle me révélait qu'elle était à la recherche du clan Lignum, ce serait avec grand plaisir que je lui indiquerais la route.

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Mar 6 Mar 2018 - 15:52



Aléa
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Elle se présenta à son tour, souriante, heureuse de faire cette rencontre, et je me demandai si elle était heureuse de me rencontrer moi ou simplement une personne vivante. Les vivants étaient si rares de nos jours... les vivants qui n'essayaient pas de vous tuer plus encore. Et même quand vous rencontriez quelqu'un qui ne vous voulait aucun mal, la méfiance était de mise. Mon comportement en était une preuve. J'avais été prête à attaquer cette femme pour récupérer ses vivres car je n'avais pas cru en sa possible bonté. Finalement, mon échec était une bonne augure. Si cette fille était aussi gentille qu'elle ne semblait l'être à ce moment-là, alors j'avais bien fait de rater. En cas de réussite, je l'aurais assommée, pris ses affaires, et serais partie sans me soucier d'elle. C'est ce que je pensais. Je luttais toujours pour ne pas me laisser envahir par les émotions. L'empathie n'était pas une bonne chose, elle ne l'était déjà pas avant, pas alors que la société elle-même vous trompait, mais encore moins alors que votre seule occupation journalière était de survivre. Je ne savais pas ce que je préférais. Avant, on luttait pour s'en sortir d'une toute autre manière. On devait conserver les apparences face au monde. Les faux-semblants nous étouffaient. On n'était sûr de rien. Désormais, on était sûr de ce que nous allions faire le lendemain. Survivre. Toujours survivre. Pas d'autre question à se poser. Notre futur avait seulement deux possibilités : survivre ou mourir. Je n'avais jamais eu peur de ce second, pas depuis le début de l'épidémie. Je luttais contre la mort car mon instinct m'y forçait, mais je ne la craignais pas. Très rapidement, alors que le monde s'effondrait, je m'étais rendue compte que, pour la première fois de ma vie, je n'avais plus aucune crainte de la mort. C'est peut-être parce qu'avant elle était plus cruelle, et on vous utilisait même après votre mort pour soutenir des causes qui vous avaient toujours dégoûtée. En fin de compte, Rae aurait pu me tuer, j'aurais été en paix. Son prénom était aussi vif et cinglant qu'une balle filant dans l'air. Cela me plaisait. Au vu de son précédent comportement, elle non plus ne semblait pas avoir peur de la mort. Ou alors, elle l'avait côtoyée suffisamment de fois pour rester calme face à elle.

Je ne répondis pas d'abord. Je n'en voyais pas l'intérêt. Je préférais profiter du calme de la situation. Elle mena le chemin jusqu'à une station service que j'aurais souhaité découvrir plus tôt. Cela m'aurait évité de souffrir de soif et de me ridiculiser face à cette blonde... mais je ne l'aurais alors pas rencontrée, et je me demandai encore si ç'a aurait été mieux. Je la connaissais trop peu pour pouvoir la juger. Cela pouvait encore être un piège, mais j'avais du mal à y croire. Une part de moi voulait à tout prix lui faire confiance. Cela pouvait me mener à la mort. Ou à la vie. Je secouai légèrement la tête. Je me perdais beaucoup trop dans des réflexions philosophiques. Il avait suffi que je rencontre brièvement cette femme et mon esprit en était retourné. Ou était-ce le manque d'énergie due au jeûne ?
Ses questions me ramenèrent à la réalité. Elle voulait apprendre à me connaître, preuve que je l'intéressais tout de même. A voir si cet intérêt était bon pour moi...
- Je trace ma route sans réfléchir, expliquai-je. Je vais de ville en ville sans jamais revenir en arrière. Et toi, qu'est-ce qui t'amène sur une autoroute abandonnée ?
Les affiches publicitaires sales sur la façade du vieux bâtiment me narguaient avec toutes sortes d'aliments. Des plats préparés, des glaces, du chocolat, un plat de lasagnes... mon estomac gargouilla. Je me retenai de courir à l'intérieur du bâtiment. Il fallait d'abord s'assurer que l'endroit était vide. Je m'arrêtai à une trentaine de mètres de l'entrée. S'il y avait des vivants, ils nous auraient déjà vu et probablement attaquées. Les véhicules abandonnés sur le parking ne semblaient pas cacher de morts, mais l'intérieur de la station pouvait en contenir et l'utilisation d'une arme à feu pourrait ameuter tous les morts de l'autoroute.
- Tu as une arme blanche ? Mieux vaut ne pas tirer de balle ici.
Il y a encore quelques heures, j'avais un couteau. Je devais m'en procurer un nouveau. J'espérais trouver bien plus que de la nourriture ici. Un coup d'oeil sur Rae et je m'engageai, aux aguets, à l'intérieur de la station.
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Mar 6 Mar 2018 - 22:14
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
J'avais toujours apprécié faire de nouvelles rencontres. Encore plus aujourd'hui alors que les vrais humains en bonne santé se faisaient de plus en plus rares. J'appréciais discuter, apprendre à les connaître, à sympathiser et à les aider s'il le fallait. J'ai toujours eu le coeur sur la main et il m'a fallu beaucoup de peine afin de refouler ce trait de caractère depuis l'Apocalypse... J'avais envie d'aider tous ceux dans le besoin que je croisais, mais ça n'était pas possible. J'ai appris à me préoccuper d'abord de moi-même avant tout au nom de la survie. J'étais peut-être généreuse, mais mes instincts primaires hérités de nos plus lointains ancêtres étaient toujours bien ancrés dans mes réflexes.
Nous marchions côte à côte, descendant les mètres d'autoroute que je venais de parcourir. Je connaissais cet endroit bien avant l'Apocalypse. J'y étais passé de nombreuses fois avec mes parents en voiture. Nous nous étions même arrêtés quelques fois à la station service vers laquelle nous nous dirigions avec Lorias. Je me revoyais, enfant, sur les autoroutes de retour de vacances, nous y arrêter afin d'acheter une glace. Rien ne ravissait plus une gamine jour de grande chaleur. Quoique la piscine aurait offert une grande concurrence mais la glace chocolat, c'était déjà bien assez satisfaisant. Le vendeur de l'échoppe n'était pas des plus amicaux, mais il avait succombé à mes sourires innocents et à la politesse que mes parents m'avait instruit.

La brunette était donc une voyageuse. Sans attache, elle vivait au jour le jour en priant sa bonne étoile pour que sa vie ne s'arrête pas brusquement... J'avais été comme elle également. Mais je préférais effacer cette partie de moi de ma mémoire. Je n'en étais pas fière... Tout ce que l'être humain pouvait commettre au nom de sa propre survie était effrayant. Moi-même je ne me reconnaissais pas dans les actes que j'avais entrepris. Rien que d'y penser, un frisson me parcourut et un éclair de déception traversa mes yeux bleus. La survie des uns et des autres... Ce que je trouve n'est pas seulement pour moi, mais toute une communauté, expliquai-je ici, lui indiquant que je ne vivais pas seule.
Nous arrivâmes rapidement devant la station service. Toutes deux nous ralentîmes, conscientes du danger. Ils pouvaient être n'importe où... Je ne serais pas étonnée d'en retrouver un voire même plusieurs à l'intérieur de la boutique. Je jetai un regard circulaire au parking. Désert. Je vis un peu plus loin, sur le bitume, un corps en décomposition. Des corbeaux étaient en train de le dévorer, picorant chaque millimètre carré de la dépouille. Celui-ci était bel et bien mort, il ne restait plus grand chose de son être... Ou allaient les âmes de ces pauvres gens, tombés sous le mauvais sort ? Avaient-ils trouvé la paix, étaient-ils prisonniers de leurs corps ? J'aurais aimé pouvoir enterrer mes parents, j'aurais aimé qu'ils aient droit à une belle cérémonie... Hors, je ne savais même pas où ils avaient disparu. Ils étaient juste partis, sans crier garde, sans prévenir personne. Je me suis contentée d'enterrer notre chien, le jour où j'ai dû tuer celui-ci pour ne pas qu'il devienne comme eux. Ce souvenir douloureux retraversa ma mémoire, me rappelant que j'avais fait le bon choix, bien que rudement difficile...

On me demanda si je possédais une arme blanche. J'avais appris avec l'expérience que posséder des armes à feu n'était pas toujours la meilleure des solutions. Il fallait toujours rester en possession d'une lame afin de les tuer silencieusement. Le déchirement des balles les avertissait que de la vie était à proximité et qu'ils feraient mieux de se dépêcher s'ils ne voulaient pas louper leur repas. Alors je sortis de mon sac à dos un poignard dont la lame était protégée par un cache que je retirai. Je déduis rapidement que si Lorias me posait cette question, c'est qu'elle n'en possédait pas. Je pris donc les devants en lui faisant signe de me suivre. A pas de loup, je m'approchai vers l'entrée du magasin délabré.
Les bornes à essence étaient détruites, pillées par les survivants à la recherche de l'or noir. Les néons à bout de forces crissaient et clignotaient, les fenêtres étaient brisées et du verre se trouvait répandu partout au sol. De l'extérieur, on découvrit des rayons renversés et le chaos dans les allées de la petite boutique. Je restai devant les fenêtres plusieurs longues secondes, cherchant une trace de vie infectée. Tout à coup, j'entendis des pas écraser le verre et les débris. J'eus tout juste le temps d'apercevoir d'où il provenait que je me baissai afin de me cacher sous le rebord de la fenêtre. J'espérai que Lorias eut le même réflexe, ou alors il nous foncerait dessus tous crocs dehors.

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Mer 7 Mar 2018 - 17:29



Aléa
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Rae faisait donc partie d'une communauté ? J'avais entendu parler de groupes, mais par les membres que j'avais croisés je n'en avais pas une bonne image. Je me méfiais des communautés car elles tournaient souvent mal, soit par la rébellion d'un ou plusieurs membres, soit par le manque de surveillance des membres qui pouvaient mourir et se transformer à tout moment. Les communautés ne terminaient jamais bien. Elles terminaient. Une bonne communauté perdurait, mais si la société elle-même s'était effondrée, la communauté humaine la plus élaborée qu'il fût, alors je ne pouvais faire confiance aux petites communautés. Mon père avait lui-même fait partie d'un groupe étrange dont je n'avais jamais su la nature. J'étais trop petite à l'époque pour comprendre. Mon père était mort avant que je ne sois en âge de comprendre. Et voilà que même adulte il arrivait encore à affecter mon mode de vie. Je préférais survivre seule que de risquer de retomber sur quelqu'un comme lui ou mon oncle. Je serais restée avec ma famille adoptive si elle n'avait pas disparue. Ils pouvaient être morts, cela n'avait plus d'importance. J'avais oublié ce que c'était que de vivre en communauté. Cependant, en voyant l'attention que Rae me portait, je la pensai parfaitement adaptée à la vie en communauté. Elle se préoccupait des autres, s'assurait qu'ils allaient bien. Elle m'aidait sans même savoir si je la trompais.

Je mis cette nouvelle information de côté et suivis Rae auprès de la fenêtre la plus proche de l'entrée de la station. J'entendis bouger à l'intérieur et me décalai vivement lorsque des bras et une tête émergèrent de la fenêtre. La station n'était pas vide... mais il ne semblait pas y avoir beaucoup de morts, encore moins de vivants. Je profitai de la diversion pour arracher le couteau des mains de Rae et me ruai à l'intérieur de la station. Un mort accourut, bras tendus, mâchoires claquantes. J'empoignai le col de sa chemise débraillée et plantai avec force la lame dans le crâne du mort qui tomba au sol avec un spasme. Je me tournai abruptement alors que le mort qui nous avait salué depuis la fenêtre m'attrapai le bras. Il avait eu le temps de venir jusqu'à moi. Je le repoussai de mon bras libre et l'envoyai paître d'un coup du plat du pied dans le torse. Le malade au sol avait une énorme balafre sur le visage, glissant de son œil gauche jusque son menton. Du sang pourpre séché noircissait son visage et son cou. Je posai mon pied sur son torse pour l'immobiliser au sol et l'achevai d'un coup de lame dans la tempe. Libérée, je constatai la précision de la lame que je tenais entre mes mains. C'était plus qu'un couteau : une dague.
- Jolie... commentai-je.
Rae allait certainement m'en vouloir pour avoir agi ainsi. La montée d'adrénaline et la frustration qui s'était accumulée en moi pendant mes heures de recherche vaine de vivres avaient eu raison de moi. Je fis tourner la lame dans mes mains pour faire apparaître le manche vers l'extérieur, prête à rendre la dague à sa propriétaire. Des bruits m'interpellèrent alors. Des coups de corps se cognant contre les obstacles de la station ainsi que des grognements se firent entendre. Il y avait encore au moins deux morts, voire plus. Cette fois, j'allais devoir montrer un peu plus d'esprit d'équipe envers Rae.
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Jeu 8 Mar 2018 - 20:42
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Nous avait-il remarqué ce foutu monstre ? Ou était-il trop bête pour cela ? Quiconque aurait aperçu ne serait-ce qu'un mouvement du coin de l'oeil... J'avais beau en avoir affronté plus d'un, à chaque fois c'était la même chose, j'avais l'impression de revivre mon premier face à face avec l'un d'eux... Stressée, à la limite de perdre tous mes moyens, ne sachant que faire à part courir. Puis, je prends une grande inspiration et je me lance tête baissée dans le danger. Aujourd'hui à nouveau, c'était ce que je comptais faire. Cachée sous la fenêtre, le souffle haletant, mon coeur semblait déchirer ma poitrine à chaque battement. Mais Lorias fut bien plus prompte que je ne l'étais. En une seconde elle s'était emparée de ma dague et avait foncé dans la station service. Prenant garde à ne pas me faire attraper par celui à la fenêtre, je bondis sur mes jambes prêtes à voler à son secours.
Mais elle n'en aurait clairement pas eu besoin, au contraire.

Elle se battait avec aisance et sans crainte, attrapant le premier par le col en lui plantant la lame dans le crâne. Mon coeur se serra lorsque le second lui attrapa le bras, la paralysant moins d'une seconde puisqu'elle eut vite fait de le propulser au sol et de l'achever, le rendant au même sort que son congénère. Déterminée, précise, prompte, Lorias avait une excellente manière de se battre et j'en étais à me demander si elle n'avait pas été entraînée à l'art du combat bien avant l'Apocalypse. Moi, je n'avais jamais aimé cela, donner des coups et blesser les gens. Certes, aujourd'hui je n'avais plus le choix et je devais m'y résigner: je soignais autant que je tuais. Je ne tuais pas d'êtres humains, certes, je me cantonnais à eux... Mais c'était déjà bien assez. De songer, qu'un jour, voilà de nombreux jours, voire semaines, ils étaient comme nous, ça me donnait des frissons.
La brune s'attarda un instant sur l'arme qu'elle détenait entre ses mains. Elle ne m'appartenait pas réellement ou du moins elle n'avait pas la même valeur sentimentale que mon glock. Dès le départ, j'avais pensé que l'arme à feu était la plus efficace mais elle était également très utile afin de se faire repérer. Cette lame, je l'ai trouvée au campement des Lignums et je me l'étais appropriée. Elle n'avait pas d'histoire, elle était un objet sans importance servant uniquement à me protéger... Ou protéger toute personne s'en servant. Ce qui n'était pas le cas de mon pistolet puisque celui-ci avait appartenu à mon père. C'était une manière pour moi de le venger de chaque victime tombant sous ses balles.
Lorias revint vers moi, tournant agilement la dague entre ses doigts afin de m'en tendre le manche. Mon regard alla de la lame ensanglantée à son t-shirt tâché d'éclaboussures d'hémoglobine et à son visage qui avait subi le même sort.
-Pas mal, ne pus-je m'empêcher de constater. Même si cela était loin de me surprendre... Lorias était une battante. Dès le départ, dès nos premiers instants ensemble, je l'avais remarqué. Elle avait essayé de m'attaquer avant d'entamer toute discussion, elle avait foncé droit dans le tas de monstres sans même réfléchir. Elle disait vivre seule, dans tous les cas je comprenais comment avait-elle survécu si longtemps sans l'aide de quiconque. Elle était douée, tout simplement. Et un peu chanceuse sûrement aussi.

Dans mon dos résonnèrent des grognements, des pas lourds et des corps se cognant dans les voitures dans des bruits sourds... Visiblement, même si nous n'avions pas usé de l'arme à feu, toute cette agitation avait suffit pour en attirer plus d'un. Ou alors, ils avaient simplement flairé le sang frais.
Je me retournai afin de faire face aux ennemis. Ils étaient trois à approcher d'un pas lent, traînant les pieds au sol. Prenant en compte la distance, je jetai un bref regard à Lorias et posai ma main sur celle qui détenait la dague, déclinant l'offre. Je ne comptais pas les affronter seule, car je n'avais pas autant d'aisance dans le corps à corps que Lorias. Et sans arme, elle n'allait pas pouvoir m'aider. Je jetai un coup d'oeil au sol et j'aperçus à quelques mètres de là une vieille barre en métal rouillée. Je me hâtai afin de m'en emparer, la calant fermement entre mes deux mains, je la tins presque comme une épée. C'est alors qu'apparut face à moi, sortant du coin de la station, un nouveau monstre. De tous, il était le plus proche. Sans adresser un seul regard à la brune, je décidai que j'allai me charger de celui-ci. Alors je fonçai dans sa direction, brandissant mon arme de fortune tandis qu'il poussait un cri de rage. Je ne reculai pas face à sa technique d'intimidation et le fis taire d'un bon coup de barre en métal dans la tête. Il fut déstabilisé et je le poussai de la barre afin de le faire reculer et je fis traverser l'arme sous sa gorge, transperçant son cerveau. Je la retirai rapidement, laissant le mort bien mort cette fois-ci s'écrouler sur le sol.

Je fis volte-face, cherchant Lorias du regard. Mais dans le duel, je n'avais pas vu approcher ce rampant m'agripper les deux chevilles. Je lui donnai un bon coup de barre dans la tête, ce qui le fit libérer mes pieds et je lui assénai un bon coup de ce dernier, écrasant dans un jet de sang sa boîte crânienne qui était déjà dans une décomposition avancée.

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Ven 9 Mar 2018 - 23:21



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« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
J'eus à peine le temps d'esquisser un sourire au compliment de Rae que les premiers marcheurs apparurent derrière nous. D'un doux geste de la main, Rae refusa de reprendre la dague. Elle se munit à la place d'une barre de fer, ce qui fit naître en moi une once d'inquiétude. Je pouvais me battre avec n'importe quoi, y compris à mains nues. Savait-elle se battre avec un objet non dédié à l'art du combat ? La réponse ne tarda pas à se faire connaître. La barre transperça la tête d'un mort qui tomba au sol dans un bruit sourd. Elle s'en sortait bien, mais pouvait encore s'améliorer au corps à corps. Je pouvais lui apprendre. Je réalisai que je m'inquiétais pour elle. Je ressentais de l'inquiétude pour quelqu'un. Ce n'était pas bon. J'avais laissé mon humanité derrière moi pour survivre, je ne pouvais pas tout lâcher maintenant. Je ne pouvais pas rejeter les enseignements d'Emily. Un mort agrippa Rae et je souhaitai aller l'aider, mais un autre venu tout droit du fond de la station arriva à ma hauteur. Mon pied l'envoya voler plus loin. La hargne qui s'était emparée de moi, je ne l'avais pas ressenti depuis longtemps. Pour la première fois depuis le début de l'épidémie, je voulais en finir de tous ces monstres et de ce vide qui avait envahi la planète. La planète ? Ma poitrine. Je ne voulais plus combattre seule. Je l'avais toujours su au fond, mais il avait été simple de s'en convaincre en pleine solitude. Sauf qu'à ce moment même, je combattais aux côtés d'une personne dont le geste de bonté m'avait réchauffé le coeur.

Le mort stoppa tout mouvement. Deux autres suivirent, tous deux aussi issus du fond de la boutique. Je n'avais pas le temps de voir comment s'en tirait Rae avec les monstres du dehors, je supposai qu'elle s'en sortait au bruit des coups. Je repoussai un premier mort et attrapai l'autre pour l'éliminer avec la dague, mais le premier revint trop rapidement et me fonça dessus, ce qui, avec le poids du corps inerte du second mort, me fit reculer. Je me cognai contre une étagère tournante et une multitude de boîtes tombèrent au sol. Je décalai mon pied droit sur la droite pour essayer de retrouver mon équilibre mais je trébuchai sur l'une des boîtes qui avait glissé un peu plus loin et tombai lourdement au sol, les mâchoires du mort claquant à quelques millimètres de mon visage. Je tournai la tête sur le côté, dégoûtée par l'haleine putride du monstre, et aperçus la dague sur le côté, voisinant l'auteur de ma chute : une boîte de préservatifs rouge avec un dessin pétant de fraise sur la face. Je grognai et tentai de repousser le mort sur le côté, mais une vive douleur me coupa dans mon élan. J'étais tombée sur un morceau d'étagère cassée. Si je bougeais un peu plus, elle me percerait les côtes. Je ne pouvais qu'empêcher le mort de me mordre la face. Je ne craignais pas la mort, mais l'idée de me faire dévorer par un cadavre en présence d'une fille sexy, et possiblement intelligente, à cause d'une boîte de préservatifs masculins ne m'enchantait guère. Je ne voulais pas abandonner. Mais je ne m'en sortirais pas indemne seule. Nauséeuse à cause de l'odeur putride du cadavre, je ravalai avec dégoût ma fierté et fis ce que je pensais ne jamais faire de ma vie.
- RAE !
Appeler à l'aide.
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Haletante, j'essuyai mon front du revers de ma manche. Immédiatement, mon vêtement se teinta de rouge. Passant mes doigts sur mon visage, je remarquai que j'avais été éclaboussée de sang à moitié coagulé à plusieurs reprises. Mêmes mes mèches blondes avaient été atteintes, me donnant l'air d'une killeuse de zombies level 38. La barre en métal elle aussi dégoulinait d'hémoglobine. Mais en entendant les bruits de combat dans mon dos, je me retournai à la recherche de Lorias. Les grognements de monstres provenaient de la station service. A cet instant, j'entendis mon prénom retentir dans l'échoppe. Je me précipitai à l'intérieur mais m'arrêtai à mi-chemin. Trois autres infectés avançaient dans notre direction à pas lent dans des grondements sourds. J'aurais peut-être dû les éliminer en premier, mais l'appel à l'aide de Lorias prenait toute la place dans mon esprit. Je ne pouvais songer une seule seconde à l'abandonner à sont triste sort. Je ne connaissais cette jeune femme que depuis quelques instants seulement, mais je me sentais bien plus liée à elle qu'à n'importe qui d'autre. Pour une raison que j'ignorais, sa survie et sa protection me prenaient très à coeur.

Ignorant les trois sur le parking, j'entrai en trombe dans la boutique. Plusieurs corps étaient au sol mais visiblement d'autres d'entre eux avaient surgi du fond sans que nous nous en apercevions. Lorias était aux prise avec l'un de ces monstres, étalé sur elle et rugissant sur son visage tandis qu'elle tentait de se libérer de son emprise. De détermination, je donnai un puissant kick le faisant tomber à côté de la brune et alors qu'il allait la mordre, je plantai la barre dans sa tête. Son crâne implosa sous le coup dans un craquement lugubre et une puissante éclaboussure de sang. Un frisson ébranla mon corps tout entier alors que je retirais mon arme.
Je jetai un coup d'oeil à l'extérieur par la fenêtre éclatée et je me rendis compte qu'ils se rapprochaient dangereusement. Nous ne devrions pas traîner plus longtemps dans le coin. Nous avions osé pensé que cet endroit était tranquille mais il était loin de l'être... Tendant une main à Lorias afin de l'aider à se relever, je constatai que dans sa bataille elle avait renversé tout une étalage de préservatifs masculins. Il ne fallait pas s'y méprendre, c'était clairement devenu un produit très très rare et surtout très très important de nos jours. Personne ne voulait prendre le risque d'élever une progéniture dans ce monde ténébreux. Mais l'Homme était loin de renoncer au désir charnel. Tout comme la survie, cela faisait parti de son instinct primaire...  
Avant que la brune ne saisisse ma main, je récupérai les précieuses capotes que j'enfournai dans mon sac à dos. Ca pourra toujours servir, fis-je presque sur le ton de la rigolade. Puis, offrant une poigne sûre à Lorias afin de l'aider à se relever, je repris sur un ton bien plus sérieux: Ca va ? Je crois qu'on a sous-estimé la tranquillité de cette station. Je vais les liquider dehors pendant que tu t'occupes de trouver de quoi manger.Après, on se casse. Mais c'était sans avoir connaissance du gros morceau de verre sous son abdomen, en espérant qu'il ne l'ait pas blessé dans sa chute.
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Aléa
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Elle était arrivée à temps. Je vis à peine le mort s'écraser sur le sol à côté de moi que du sang éclaboussa mon visage. Je fermai les yeux instantanément. Je passai deux doigts sur mes yeux pour en ôter le sang et les ouvris. J'aperçus aussitôt Rae en train de ramasser ce qui avait failli me coûter la vie. Je n'avais jamais eu besoin de ces préservatifs, et le dernier événement me donnait encore moins envie de les découvrir. J'acceptai la main qu'elle me tendit ensuite et serrai les mâchoires à la douleur aiguë qui perçait mes côtes. Je soulevai mon t-shirt d'une main pour observer, mais le sang sur mon visage me gênant encore, j'entrepris en premier lieu d'essuyer mon visage en soulevant le tissu jusque celui-ci. Mes abdominaux m'étaient douloureux après les avoir contractés aussi longtemps. Je n'étais pas tombée sur un zombie mince... ou dans ce cas, c'était plutôt lui qui m'était tombé dessus. Le visage essuyé, je haussai un sourcil en voyant Rae ranger les boîtes dans son sac. Elle pensait ces choses utiles, je les trouvais plutôt meurtrières. Et je ne pensais pas cela car je soutenais les anti-IVG, non. Mon homosexualité était une contraception naturelle.
- A toi peut-être, rétorquai-je à sa remarque.
Je jetai un coup d'oeil à la coupure sanguinolente sur l'arrière de mon flanc. Il fallait que je mette un pansement là-dessus pour arrêter le saignement. Si Rae n'était pas venue m'aider, la blessure aurait été bien pire. J'aurais été transpercée. Dans les conditions actuelles de survie, une telle blessure pourrait me coûter la vie.
- Merci. Jolie coup.
Mes remerciements furent de courte durée. Des grognements se faisaient encore entendre depuis l'extérieur. Il fallait s'en aller. Je m'exécutai aux ordres de Rae et allai vite attraper un sac à dos dans un rayon pour le rempli de nourritures et d'objets de premiers soins.

J'aurais aimé avoir au moins un moment de répit. J'aurais aimé pouvoir m'asseoir à l'une des tables vides là-bas et simplement discuter avec Rae autour d'un café. C'était ce que faisaient les personnes normales. Quand le monde était normal. Tout avait tant changé...
Le sac à dos plein, je m'empressai d'aller ramasser la dague laissée au sol et allai rejoindre Rae pour fuir. La tâche sur mon t-shirt s'agrandissait petit à petit mais je n'avais pas le temps de faire un pansement ici.
- Tu connais un endroit sauf dans le coin ? demandai-je.
Je ne réagissais pas ainsi normalement. Je prenais les vivres et partais. Mais j'avais l'impression que mon aventure avec Rae n'était pas terminée. Elle avait montré tant de bonté qu'elle m'avait sauvé la vie, et la curiosité me poussait à vouloir en savoir plus sur elle. Peut-être qu'en cherchant un peu, nous trouverions cette table et ce café chaud autour duquel discuter calmement.
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Dim 11 Mar 2018 - 23:28
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Le petit pic que me renvoya Lorias quant à mon stock de préservatifs me soutira un léger sourire. Comment devais-je prendre ce "pas pour moi" ? Simplement parce qu'elle avait abandonné sa libido à cause de l'Apocalypse ou parce qu'elle n'en avait aucunement besoin en raison de son orientation ? Je penchais plutôt pour la seconde option. Tout en sachant que je ne ramassais pas forcément ces boîtes pour mon usage personnel mais également pour les Lignums qui sauraient en faire meilleur usage. Avec ma bisexualité, il y avait 50% de chance que je ne m'en serve pas.
La brune chercha à observer une possible plaie sous son t-shirt. Je compris rapidement qu'elle était blessée, car le tissus avait déjà absorbé du sang sur l'un de ses flancs. Décidant d'essuyer son visage sur son vêtement, Lorias souleva le t-shirt à sa tête, découvrant la majeure partie de son abdomen. Alors que la pression extérieur des monstres s'approchant ne cessait de grimper, mon regard azur s'accrocha au corps clairement bien façonné de la survivante. Mon coeur se serra et les secondes ralentirent. Je n'avais pas rencontré quelqu'un d'aussi beau, sexy et musclée depuis bien des mois. Ou alors, je n'avais jamais pris le temps d'observer les gens qui m'entouraient. Avec Lorias, tout se faisait naturellement, comme si je venais à en oublier les règles principales de la survie. Car je ne parvins à me décrocher de cette vue qu'au moment où elle recouvrit ses abdos, découvrant elle aussi sa plaie à la tâche de sang grandissant et me ramenant dans le monde réel.

Laissant la brune à ses occupations, je sortis de l'échoppe alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres. Ils devaient sentir l'odeur du sang de la plaie de Lorias car ils semblaient bien plus excités que toute à l'heure. Brandissant ma barre en métal, je l'écrasai dans la tête du premier, le faisant tomber à la renverse. Le second arriva dans mon dos, il eut tout juste le temps de me toucher l'épaule de sa main à trois doigts que je lui collai un coup de coude dans la mâchoire. Je l'assommai d'un coup de la barre et plantai cette dernière dans le ventre du troisième qui cracha un jet de sang à ma tête. Arrachant mon arme de fortune, je la lui enfonçai dans sa gueule encore ouverte. Je revins au premier qui s'était relevé entre temps en lui adressant le même sort. Je gardai la barre en main, car elle risquait fortement de m'être utile pour les prochaines heures. Mais j'entendais des grondements venir de la route, il fallait se tirer et vite. Je sentais le stress gagner mon esprit et l'adrénaline se déverser dans mes veines.
Je retrouvai Lorias qui s'était équipée d'un sac à dos paraissant bien rempli. Un endroit sauf. Ouais. Ca devrait le faire et pas trop loin. Jetant un coup d'oeil à la tâche de sang grandissante sur le t-shirt de la brune, je compris qu'il ne faudrait pas parcourir des kilomètres. L'idéal serait de rejoindre les barricades des Lignums mais leur campement était bien à deux heures de marche d'ici. Et avec la blessure de Lorias, je n'étais pas prête à prendre le risque d'attendre si longtemps avant de lui conférer les premiers soins. J'avais bien la connaissance d'un autre endroit, plus près, mais il nous éloignait du clan. Je crois que nous n'avions pas tellement le choix...
-En passant derrière la station service, on devrait trouver à quelques minutes de marche un petit étang éloigné des habitations. On devrait trouver de quoi s'abriter là-bas, expliquai-je. Je ne pouvais pas laisser Lorias avec cette plaie. Déchirant un morceau du bas de mon t-shirt, je le lui tendis. Applique le tissus sur ta plaie et appuie fort dessus le temps du trajet. Ca arrêtera sûrement le saignement. Entendant des pas lourds dans notre dos provenant du bout du parking, mon inquiétude reprit le dessus et je décidai de ne plus traîner une seconde de plus dans le coin. On se tire, vite. Je contournai l'échoppe à des pas rythmés et m'enfonçai dans l'ancienne plaine agricole qui offrait une vue dégagée sur plusieurs dizaines de mètres. Pour l'instant, aucun monstre à signaler. Il faudrait travers ces champs, puis un sous-bois avant d'arriver à l'étang qui nous assurerait un brin de sécurité.

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Lun 12 Mar 2018 - 21:21



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C'était sûrement dû à la fatigue et au manque d'énergie que me rappelait douloureusement mon estomac et tous les muscles de mes membres. Je devais l'avoir imaginé. Pendant un très court instant, alors que j'abaissais mon t-shit, il m'avait semblé voir les yeux de Rae posé sur mon abdomen. Je crus d'abord qu'elle contemplait ma plaie sanguinolente, mais celle-ci était près de mes reins, dans mon dos, et non en plein milieu de mes abdos.
Je saisis le tissu qu'elle me tendit et le pressai contre la plaie. Nous avions éliminé un bon nombre de monstres, mais il en arrivait encore. Rae avait plus combattu que moi, elle n'avait pas commis mon erreur. Elle indiqua la position d'un étang qui était certainement entouré d'abris. N'ayant pas vraiment le choix, je décidai de lui faire confiance et de la suivre. Je marchais vite. J'étais épuisée, j'avais hâte d'être en sûreté. Je ne savais que penser de Rae. L'expérience me disait de ne pas lui faire confiance, mais mon instinct voulait la connaître. Je me demandais s'il ne s'agissait là que d'une simple attraction physique ou de quelque chose de plus fort. Nos caractères semblaient complètement différents, pourtant nous arrivions plus ou moins à nous accorder. Dans la mesure où nous étions sorties vivantes de la station service, c'était plutôt une belle victoire. Je n'étais pas du genre à faire du travail d'équipe et le fait de ne pas avoir abandonné Rae était déjà une victoire en lui-même.

Le terrain vague que nous traversâmes était désert. Je préférais ne pas parler, déjà pour rester aux aguets, mais aussi pour conserver le peu de force qu'il me restait. Nous entrâmes finalement dans les bois. Le soleil disparut entre les nuages gris avant même que nous posions un pied dans la forêt. J'accélérai le pas, à l'affût. La lanière du sac à dos étirait ma peau près de la plaie, rendant la marche plus désagréable encore. Mais bientôt, l'étang s'offrit à nos yeux et je ne tardai pas à apercevoir les petits chalets en son bord. Le premier devant nous était au bord du lac, trop en vue à mon goût. On ne pouvait prendre le risque d'être remarquées depuis l'autre côté de l'étang. J'optai donc pour un chalet un peu plus en retrait, camouflé par les arbres. Je fis un signe de tête à Rae et brandis la lame de la dague, prête à réagir en cas d'attaque. Je regardai d'abord par les petites fenêtres. L'absence de mouvement m'autorisa à entrer. La serrure n'avait pas mis longtemps à céder. Le chalet était petit, aussi je ne me fis pas trop de soucis lorsque je vérifiai chaque pièce. Je savais que, s'il y avait quelqu'un ou quelque chose, nous aurions entendu des bruits depuis l'extérieur. L'habitat était composé d'un petit salon principal avec une kitchenette et un poêle devant le sofa. A gauche, une porte menait à la chambre. Je fouillai les placards de celle-ci et trouvai des vêtements d'homme et de femme. Un couple avait dû utiliser ce chalet en tant que maison de vacances pour s'évader le temps d'un week-end. Ils n'étaient jamais revenus. Je saisis des vêtements féminins, taille moyenne, et proposai une tenue à Rae. Elle avait bien sacrifié son t-shirt pour moi... par ailleurs, il était temps que je soigne ma blessure.
J'ouvris le sac à dos et sortis des compresses, du désinfectant et de gros pansements. Je les pris dans une main et allai dans la pièce adjacente à la chambre : une petite salle de bain avec une douche, un lavabo et un toilette. J'ôtai mon haut, mes mâchoires crispées retenant une grimace. Le miroir me permettait de voir un peu mieux la plaie à conditions de me tordre, mais je doutai pouvoir nettoyer correctement la plaie seule. Je m'étais débrouillée seule pendant longtemps. Pourquoi pensai-je maintenant à appeler Rae à l'aide sans cesse ? Elle avait mieux à faire. C'est ce que je me dis pour ne pas céder de nouveau à la tentation.
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Lun 12 Mar 2018 - 22:14
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Lorias ne refusa pas mon plan de fuite et m'emboîta le pas. Je contournai la station service et nous arrivâmes devant une grande plaine agricole délaissée. Les années ont passé et désormais, ce n'était ni plus le maïs ou l'orge qui poussait dans le champ, mais des mauvaises herbes et des chardons. Bon nombre de ces plantes s'accrochèrent à nos pantalons et nous piquèrent à travers le tissus. Néanmoins, cela ne ralentit en rien notre progression en direction de l'étang. Nous marchions côte à côte, Lorias et moi, silencieuses. Je jetai parfois quelques regards inquiets dans sa direction. Je la voyais tantôt esquisser des grimaces de douleur, tantôt soupirer de fatigue. Et de faim. Car la pauvre n'avait toujours rien mangé et à peine bu. La pauvre ne devait demander que cela: du repos et de la tranquillité. C'était en parti pour cela que je ne pipai pas un mot le long de la route. Mais également pour économiser ses forces et nous concentrer sur notre environnement. La marche se déroula sans encombre. Aucun monstre à l'horizon, même ceux de la station service semblaient avoir décidé de nous lâcher les baskets.
Nous traversâmes le petit sous-bois et enfin le plan d'eau se distingua à travers les feuillages. Arrivée à l'orée de la forêt, nous nous arrêtâmes et scrutâmes la largue clairière. Un sourire se dessina sur mes lèvres: mes souvenirs ne me faisaient pas défaut. Il y avait bien des petits chalets de vacance au bord de l'étang. Le genre d'endroit où il faisait bon vivre, avant. Où il faisait bon s'échapper de la ville, venir respirer l'air frais de la campagne. J'y étais certainement déjà venue avec mes parents. Lorias sortit sa dague et me fit signe de la suivre, nous amenant vers un des cabanons légèrement en retrait. Ca n'était pas une mauvaise idée, autant se faire discrètes. Nous sécurisâmes l'endroit avant d'enfin décider d'entrer. Le tour de la maisonnette était vite fait: un salon, une petite cuisine, une porte menant à une salle de bain et une seconde à la chambre. Une petite cabane de plein pied, la chambre à coucher et le salon offrant une belle vue sur l'étant et la campagne. C'était un paysage agréable, mais également stratégique. D'ici, nous verrions quiconque s'approcher. Du moins, de jour. Je doutais que nous puissions dormir ensemble au même moment, il valait mieux instaurer un tour de garde. Juste histoire d'être sûres. D'ailleurs, à peine arrivée dans le chalet, j'ai déplacé le meuble de l'entrée bloquant ainsi la porte d'entrée. Nous n'avions pas de clé, alors il fallait faire avec les moyens du bord.

Ensemble, sans se concerter et ne prononcer toujours un seul mot, nous nous mîmes à fouiller le cabanon. Lorias ouvrit les armoires et moi je m'occupai de la cuisine. J'eus la très mauvaise idée d'ouvrir le frigo qui n'était plus alimenté en électricité depuis très longtemps... Des produits "frais" y étaient entreposés et à peine ouvert, l'odeur fut telle que je la refermai instantanément. Je fus éprise d'un haut le coeur et je dû m'accrocher au bord du lavabo pour ne pas faire un malaise. L'infection était encore pire que la putréfaction des monstres. Afin de me changer les idées, j'ouvris quelques placards et je retrouvai consistance en y trouvant quelques boîtes de conserve. Un sourire aux lèvres, j'entendis des pas dans mon dos. Je me retournai. Lorias tenait entre ses mains une pile de vêtements féminins. J'eus pour réflexe de glisser mon regard à mon accoutrement et je fus forcée d'accepter son offre. Je n'avais plus l'air de rien. Tâchée de sang, t-shirt déchiré, mieux valait que je me change puisque j'en avais l'occasion. Même si en ces temps sombres, la mode était bien le dernier de mes problèmes. Je finis donc par prendre la pile d'habits et je me rappelai que Lorias était elle aussi en mauvais état. Mais elle, c'était pire. Car elle était blessée et elle venait de faire plusieurs minutes de marche en devant clairement serrer les dents. Pourtant, pas une seule fois elle s'était plaint. Elle avait tout gardé pour elle. Mais on ne trompait pas une infirmière, même si sa formation n'était pas terminée, après qu'elle ait vu la taille de la plaie et les grimaces de la blessée. J'hésitai à lui proposer mon aide dès le départ. Surtout lorsque je la vis sortir un précieux attirail de soin de son sac et se diriger vers la salle d'eau. Je l'observai disparaître, silencieuse. Mon regard resta suspendu quelques instants à la porte semi-close, qui avait juste été vainement poussée. J'étais à sa disposition, autant me rendre utile. Sans compter que je n'étais pas contre de pouvoir observer de plus près ce que j'avais cru observer toute à l'heure.

Je décidai d'abord de me changer. Je posai ma veste en cuir usée sur le sofa et retirai le t-shirt déchiré et le pantalon tâché. Je les mis en tas dans un coin de la pièce et enfilai le jean ainsi que le pull en maille. Il était un peu chaud pour la saison mais ça ferait l'affaire pour l'instant.
C'est sans mauvaise intention que je me rendis dans la salle de bain, poussant la porte dans toute la normalité du monde. Et ce n'est pas la vue de Lorias en soutien-gorge qui me surprit: j'avais l'habitude de voir des filles ainsi, tout simplement parce que j'en étais une moi-même et parce que la pudeur était mise de côté dans mon métier. Non, ça n'était pas de la voir en sous-vêtement ni de découvrir cette plaie qui semblait impressionnante à cause du sang perdu. C'était simplement de voir ce corps aux formes parfaitement bien dessinées, parfaitement bien entretenues, au teint mat comme si elle avait entretenu un bronzage aux côtés des infectés.
Je fis de mon mieux afin de mettre tout cela de côté et je m'approchai d'elle. Mon arrivée n'était pas une surprise pour elle, elle avait dû m'apercevoir arrivée dans le reflet du miroir en face duquel elle se trouvait.
A nouveau, je ne dis rien. Car je sentais que si j'allais lui proposer mon aide, elle refuserait. Lorias avait vécu seule durant des mois. Elle ne devait pas avoir l'habitude que l'on se soucie d'elle ou que l'on veuille l'aider, tout simplement. Je pris une serviette propre qui traînait dans le coin et ouvris le robinet, espérant qu'il se mette à couler. Par un miracle que je ne sus expliquer, ce fut le cas. J'humidifiai le tissus et m'accroupis afin d'être à la bonne hauteur pour nettoyer la plaie de la sexy brunette. Je m'appliquai sur les contours de la blessure et pris encore plus de précautions sur les bords, espérant ne pas la faire trop souffrir. Je posai ensuite la serviette ensanglantée sur le bord du lavabo. La blessure n'était pas si grande en fin de compte. Mais je ne doutais pas de sa douleur. Je pris le désinfectant en spray, le secouai avant d'en appliquer et d'aussitôt recouvrir la blessure de compresse de gaz. Je m'étais imposée et Lorias n'avait pas eu le choix. Je fis de mon possible pour ne pas lorgner sur son abdomen quasiment nu en me relevant. Je cherchai dans l'armoire de la chambre à côté de quoi la couvrir d'habits propres et revins avec un pull semblable au mien. Au cas où tu t'inquiéterais, c'est mon boulot de soigner les gens. Désolé si je t'ai fait mal en pansant ta plaie, c'était nécessaire. Ne t'inquiète pas, ça n'est pas très profond, tu t'en remettras vite, expliquai-je dans un sourire presque un peu intimidé par les actions que je venais de commettre sans avoir eu même une approbation de sa part...

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Mar 13 Mar 2018 - 14:36



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J'entendais du bruit dans la pièce principale. Rae devait avoir pris l'initiative de fouiller les placards. Je l'aurais aidée si la priorité n'était pas à la plaie sanguinolente dans le creux de mes reins. Je doutais que ça soit grave. Après tout, j'étais encore en vie. La porte s'ouvrit derrière moi et, levant les yeux, je vis la silhouette de Rae apparaître dans le miroir. Elle avait deviné que j'avais besoin d'aide. Rae aidait tant les gens qu'elle n'avait même pas besoin qu'on demande de l'aide. Elle devait travailler dans le service à la personne. Sa réflexion précédente sur la compression de la plaie m'avait laissée penser qu'elle travaillait dans le domaine médical, mais je n'en étais pas et je connaissais moi-même cette information. C'était basique. Je savais aussi suturer, mais cela était plutôt dû à mon éducation. Je ne savais pas encore écrire parfaitement mon nom que je cherchais déjà à comprendre comment arrêter un saignement. Et, plus tard, en apprenant à combattre, je dus apprendre à refermer les plaies en cas d'accident. Seulement, pour se soigner soi-même, fallait-il encore pouvoir accéder à la zone. La plaie sur l'arrière de mon flanc était difficilement atteignable.
Je contemplais Rae à travais le miroir. Mon estomac se serra lorsque je la vis s'accroupir. Je ne m'attendais pas à voir une si belle femme se baisser devant moi de sitôt. Je levai le regard au plafond un court instant. Rae ne semblait pas gênée par la presque nudité de mon torse et je me demandai si elle en était indifférente. Peut-être était-elle simplement hétéro après tout... je m'en trouvai un court instant déçue avant de me rappeler que je devais éviter de m'intéresser ainsi à quelqu'un. On ne survivait pas par amour. Encore moins par désir.

La sensation froide des doigts de Rae sur ma peau me surprit. Elle nettoyait ma plaie. Sans rien dire. Sans rien demander. Mais je ne lui en tins pas rigueur car elle était venue m'aider sans que je n'eus besoin de lui demander son aide. Elle s'excusa de m'avoir fait mal, ce qui me parut ridicule. Je me serais bien plus blessée si j'avais dû me soigner seule. Ce n'était pas quelques picotements qui allaient me faire grincer des dents. Une fois la plaie couverte d'une compresse propre, Rae se releva. Je n'eus pas le temps de l'arrêter qu'elle partit me chercher un vêtement. Quand elle revint avec un pull propre, je me retins de lui dire que je m'étais déjà servie une tenue propre. Son geste était bon, je ne voulais pas la vexer, surtout si nous allions passer la nuit ici ensemble. J'enfilai le pull, prenant en note la nouvelle information sur Rae. Elle travaillait bel et bien dans le domaine médical. Elle semblait trop jeune pour être médecin. C'est en relevant les yeux sur elle que j'aperçus sa gêne. Elle craignait peut-être de m'avoir offusquée en prenant les devants mais je lui en étais plutôt reconnaissante, cela m'avait évité de l'appeler à l'aide une seconde fois.
- Merci, répondis-je simplement, la rassurant avec un sourire conservé.
Je n'étais pas de ceux qui déclaraient des monologues. J'allais toujours droit au but dans mes mots. Je la dévisageai un instant, cherchant encore à la comprendre, puis je réalisai que nous étions dans la salle de bain depuis plusieurs minutes. Il était temps de retourner dans la salle à manger. Rae avait pu trouver de la nourriture et je décidai de faire réchauffer des légumes en conserve. Ce n'était pas grand chose mais avec les snacks trouvés à la station service nous avions largement de quoi manger. Je fouillai les placards à la recherche d'une casserole que je mis sur la plaque de cuisson aussitôt trouvée. Par chance, c'était une plaque à induction et non à gaz. Le chalet devait être bien construit puisqu'il lui restait de l'eau et de l'électricité. Il devait être indépendant des autres. Les anciens propriétaires avaient tout prévu. Sauf l'apocalypse. Je mis les légumes à chauffer et allai rapidement changer de pantalon dans la salle de bain. Une douche ne ferait pas de mal plus tard, mais pour l'instant mon estomac grognait de faim.
La nourriture chaude, je servis deux assiettes et en offris une à Rae. Je sortis des canettes de soda de mon sac et en tendis une à mon associée actuelle. Je m'assis sur le canapé et soufflai. Posée. Enfin.
- C'était ton métier avant ? Soigner les gens ? questionnai-je, bien décidée à en savoir plus sur elle maintenant que nous étions enfin en sûreté.
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Mar 13 Mar 2018 - 17:47
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Rassurée, mon sourire se décoinça et s'étendit lorsqu'elle me remercia, visiblement reconnaissante. De nos jours, quand une personne à qui je tenais était blessée, je ne demandais pas l'autorisation pour lui venir en aide. Tout dépendant l'état de la blessure, les secondes pouvaient être cruciales. Ca n'était pas le cas pour Lorias bien sûr, mais c'était une habitude que j'avais pris. Elle n'était pas non plus une personne à qui je tenais... Enfin, si, presque. J'avais également la manie depuis ma naissance de m'attacher à quiconque traverse ma route et m'adresse un joli sourire. Mauvaise habitude aujourd'hui, certes, et je devrais apprendre à plus me méfier. Je ne connaissais rien de la brune, je ne savais pas ce qui pouvait se cacher derrière ce visage aux traits angéliques... Je ne savais pas ce qui me donnait envie de croire en elle, ce qui faisait que j'avais tant confiance en elle depuis le début. Peut-être tout simplement parce que j'avais envie de croire que tout n'était pas perdu pour l'Humanité et que croiser des gens bons à certains coins de rue pouvait encore arriver.
D'ailleurs, c'était à cet instant que je me rendais réellement compte de la situation. Lorias venait à peine de se rhabiller et nous nous dévisagions silencieusement dans la salle de bain. Ce fut presque gênant au bout d'un certain temps, mais ça n'était peut-être que moi... La brune sortit et écoutant son estomac, partit nous préparer à manger.

Tandis qu'elle s'affairait dans la cuisine à réchauffer une boîte de légumes, j'errais dans le petit salon, observant ses jolies décorations. Ce chalet semblait coupé du temps, comme s'il n'avait pas été atteint par l'Apocalypse. Le petit étang lui procurait l'eau courante et pour une raison que j'ignorais il avait même de l'électricité. Il était joliment décoré avec des tableaux de paysages et un bouquet de fleurs fanées sur la cheminée. J'aurais aimé rester ici pour l'éternité. Loin de tout, en sûreté, dans ce petit lieu de paix. Je m'y sentais bien. C'était rare.
Voyant tous les snacks sur la table ainsi que les sodas, je fus presque surprise que Lorias ait retrouvé autant de choses en si peu de temps dans la supérette. Ca n'était pas pour me déplaire car aujourd'hui on ne faisait pas la difficile pour les plats. Elle arriva avec deux assiettes dans le salon et s'assit sur le sofa en soupirant. La nourriture chaude laissait émaner un doux fumet qui arriva jusqu'à mon nez qui se laissa amadouer par cette douce odeur, me rappelant que j'avais faim moi aussi. Je pris place aux côtés de la cuistot amatrice qui commença à me questionner sur mon métier d'avant. J'avalai une fourchette de carottes et de petits pois, sentant déjà mon estomac en demander plus.
-J'ai toujours voulu venir en aide aux autres... J'étais en formation d'infirmière quand l'Apocalypse a frappé, expliquai-je, pensive. J'étais loin d'être professionnelle, mais j'avais acquis de bonnes bases. Je les ai perfectionnées sur le tas. En m'occupant de personnes par-ci par-là, j'ai fini par apprendre bien des choses. En observant les autres ou en prenant des décisions délicates... qui s'étaient avérées bonnes, ou mauvaises également.
Prenant plus d'aisance sur le sofa, je m'appuyai contre le dossier en calant un coussin dans mon dos. J'avais oublié ce que ça faisait de s'asseoir tranquillement sur le canapé, discuter tranquillement, dans un lieu serein, loin de tout les maux de notre monde. Les ignorer tout simplement, ou en discuter un petit peu, et juste profiter de l'instant présent. A savourer des légumes en compagnie d'une jeune femme dont je ne connaissais que le prénom.
-Et toi ? Qu'est-ce que tu faisais avant tout ça ? Je refusais de quitter la présence de Lorias sans en avoir appris plus sur elle. Elle n'était pas très bavarde c'était bien vrai, mais je comptais bien la faire parler un peu. C'était donnant donnant ici. Je l'ai soignée et elle a préparé à manger... Pour l'instant, nous faisions les choses bien équitables en tout cas.
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Mar 13 Mar 2018 - 19:42



Aléa
« Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. » - Wajdi Mouawad
Ainsi elle était infirmière. Si elle était encore en formation au début de l'apocalypse, elle devait avoir environ le même âge que moi. Au moins, elle avait appris un métier. Quand l'apocalypse s'est écrasée sur Terre, je me formais à l'art de la rhétorique. Evidemment, l'étude des sciences politiques ne se résumait pas à ça, mais une grande partie se réservait à l'art oratoire, à la stratégie de négociation dans le but de devenir bon démagogue. Cela m'avait toujours fascinée, comment des personnes pouvaient en manipuler d'autres par la parole. Emily me l'avait appris, car selon elle à être toujours trop bon trop con on se faisait facilement écrasé en société. Chez Emily, le mot société revenait souvent. Si nous avions su qu'il en serait autrement plus tard, nous aurions développé d'autant plus nos arts de combat et aurions appris un peu plus de compétences pour la survie en nature. Même si, malgré tout, j'avais déjà dû me débrouiller majoritairement toute seule avant mon adoption. Ma famille biologique n'avait jamais été faite pour élever des enfants.
Je comprenais bien mieux pourquoi Rae se donnait autant de mal pour m'aider. C'était la définition même de son être. Elle n'avait rien d'égoïste. Pas comme moi. Emily m'avait appris à vivre par moi-même et pour moi-même. J'avais dû repousser la bonté en moi. Cela avait été long et difficile, mais j'y étais parvenue. Rae me semblait incapable de faire du mal à qui que ce soit. Peut-être me manipulait-elle, mais j'en doutais fortement. J'avais appris à reconnaître les menteurs, les manipulateurs. Rae n'en était pas. J'en étais convaincue.
- J'étudiais les sciences politiques, déclarai-je à mon tour.
Je ne mentionnai pas ma spécialité sportive. J'avais continué à l'université simplement car j'avais obtenu une bourse d'études et la condition pour cela fût que je continue à combattre pour l'équipe de l'université, mais ça s'arrêtait là. Plus de championnat extérieur. J'avais gagné le prix de mon état, puis un peu plus tard le championnat national dans ma catégorie quand j'avais dix-sept ans. J'avais choisi d'étudier les sciences politiques dans le but d'avoir une longue carrière plus sûre. Si j'avais su que le monde allait s'écroulé si vite, j'aurais continué de combattre. Le combat me permettait d'oublier et de laisser sortir toute la colère que j'avais accumulée contre ma famille biologique. Tous les coups que j'avais refusé de donner étant enfant.

- Tu aimais ta vie ? demandai-je alors.
Je voyais cette question comme un demande-tout. En la lui posant, je lui demandais ce qu'elle avait d'important dans sa vie d'avant. Un lieu de vie bien à elle ? Un travail ? Un compagnon ? Sans grand étonnement, ce dernier point m'intéressait particulièrement. J'avais besoin de savoir si le comportement de Rae envers moi était totalement innocent ou si j'avais bien vu des signes que, éventuellement, je l'attirais. Mon caractère d'antan m'aurait poussée à flirter discrètement avec elle, mais les personnes comme elle étaient si rares aujourd'hui, les personnes vivantes étaient rares, que je ne voulais pas gâcher le seul lien que je pouvais avoir. Même si nous restions peu de temps en compagnie l'une de l'autre, ce serait déjà un peu de temps loin de la solitude. Il fallait en profiter. Je me disais solitaire, mais en compagnie de la bonne personne j'oubliais soudainement ce trait. En observant Rae manger tranquillement à mes côtés dans ce petit chalet au bord de l'eau, tandis que le soleil se couchait derrière les nuages, j'étais de plus en plus convaincue que Rae était la bonne compagnie. La personne avec qui j'avais besoin de passer du temps.
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Mar 13 Mar 2018 - 20:47
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Rae & Lorias

« C'est une aveugle témérité que de se laisser conduire au hasard. »
Je me doutais bien que Lorias n'était pas une sportive professionnelle. Enfin, pas que je doutais qu'elle n'en soit pas capable, mais parce que c'était rare et incertain comme métier. Au moindre faux pas, toute la carrière pouvait s'effondrer. J'avais pu observer à quelques reprises son corps musclé et je pensai alors qu'elle aimait juste prendre soin d'elle. Même si l'aisance avec laquelle elle s'était battue toute à l'heure me mettait sur une piste: elle avait fait du sport de combat durant bien des années. Enfin, tout cela n'étaient que des suppositions. Car encore une fois, elle avait répondu à ma question de manière brève et courte. Science politique ouvrait des débouchés intéressants et pas totalement inutiles de nos jours. Savoir manier les mots, convaincre et manipuler les gens était une part de survie... J'aurais pu me braquer suite à cette nouvelle, comprendre par là que j'étais en train de tomber dans un piège, que la brune renfermait doucement son emprise sur moi sans que je ne m'en aperçoive avant de me coincer... Mais dans ses yeux vert émeraude, je ne pouvais m'empêcher tant de cruauté en elle. Je ne voyais dans son regard qu'un vert reposant, signe d'un nouvel espoir plus coloré, plus vivant, plus chaleureux.

Tu aimais ta vie ? Cette question me fit frissonner. Elle était si simple et si profonde à la fois... Je terminai mon assiette rapidement et la reposai sur la table du salon en face du canapé, l'échangeant contre une cannette de Coca. Je sentais son regard posé sur moi. Elle attendait une réponse, bien sûr. Et j'allais la lui donner. Mais je ne savais pas par quoi commencer... Ou alors lui répondre d'une manière aussi brève qu'elle l'eut fait. Oui. J'aimais mes parents. J'aimais les voir m'attendre sur le porche de la maison quand je rentrais après une longue absence. J'aimais notre chien qui m'accueillait toujours avec tant de joie. J'aimais Aria, cette brunette au grand coeur qui faisait battre le mien. J'aimais le métier que j'apprenais. J'aimais appréhender le futur avec confiance... Je ne prétendais pas avoir une vie parfaite, j'avais simplement appris à l'aimer comme elle venait, avec ses hauts et ses bas. Car tout ne pouvait pas toujours être sombre... On m'avait toujours appris à voir les choses du bon côté et chaque jour, encore aujourd'hui, je luttais afin de perpétuer cet apprentissage. Afin de ne pas oublier d'où je venais... Dans mon sac, posé dans l'entrée, se trouvait mon carnet de dessins. A l'intérieur, tous les visages dont j'avais besoin de me souvenir. Mes parents, le chien, mon amie disparue. Je n'ai pas encore réussi à l'enterrer d'ailleurs, fis-je en étouffant un rire, me moquant de moi-même. Souvent je feuilletais mon cahier et je redécouvrais ces visages. Mêmes si leur voix s'effaçaient lentement de ma mémoire, leurs traits demeuraient, me ramenant vers ce passé que je cherchais à oublier. Ou au moins à passer au second plan. J'avais bien plus important à gérer. Néanmoins, en oubliant, j'avais peur de me perdre et de ne plus être moi-même. De nombreuses fois j'ai failli lancer ces dessins dans le feu. Mais je n'avais jamais eu assez de force pour le faire...
-J'ai grandi dans une petite ville, pas très loin d'ici. J'y retourne parfois. Je ferme les yeux et je laisse aller mes souvenirs. Je les laisse se recréer de toutes pièces comme ils le sont dans ma mémoire. Ma famille, mon chien... J'évoquais toujours notre animal de compagnie, notre petit beagle. Je ne pouvais arrêter d'y penser car c'est moi qui l'ai tué. ... ma copine. Encore un sourire niais se pendit à mes lèvres, tandis que mon regard se noyait dans l'ouverture sombre de la canette. Soupirant, je finis par relever mes yeux vers Lorias, un peu perdue, hésitante. Ouais, ma vie me manque, admis-je encore une fois. Ils me manquent, car je n'ai même pas pu leur faire mes adieux. J'étais en train de beaucoup trop en raconter sur moi à cette inconnue, j'en avais totalement conscience. On mettait tellement de pression sur mes épaules au clan, en tant qu'infirmière, que je ne pouvais pas défaillir là-bas. Ici, loin de tout, face à une jeune femme dont j'ignorais tout et qui n'avait rien pour me juger, je me permettais de lâcher mon sac.
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